• Marinella Hamm

« Une banane en Sibérie » Ou l’histoire de Kaori, une femme courageuse.

Dernière mise à jour : mars 25


Kaori est originaire d’Osaka au japon. Depuis toute jeune elle se sent différente, Kaori ne nourrit pas les mêmes rêves que ses amies et sa famille pour elle, à savoir se marier et avoir des enfants. Non, ce que Kaori veut c’est voyager, être indépendante et elle rêve d’un pays en particulier : la France.


Dès qu’elle est en âge de travailler, Kaori cumule les missions intérim et économise pendant trois ans pour se payer son premier voyage en France. Elle y passe plusieurs semaines, visite autant qu’elle peut, rencontre beaucoup de gens, découvre la gastronomie…

C’est le coup de cœur, la révélation. Les Français lui semblent si ouverts d’esprit, les femmes si indépendantes, libres, il y fait bon vivre : elle veut la même vie !

Elle a alors 22 ans et à partir de cet instant, elle n’aura de cesse que de tout mettre en œuvre pour réaliser son rêve : vivre en France.


De retour au Japon, elle informe ses amis et ses proches de son nouveau projet. Celui-ci n’est pas vu d’un bon œil, d’autant qu’il est plus que temps pour elle de se « caser ». Ils sourient à cette annonce pour le moins farfelue et pensent qu’elle se lassera bien assez tôt, car le projet est irréalisable.


Les années passent, Kaori s’accroche et poursuit son rêve. Elle visite les quatre coins de la France et tisse partout des liens d’amitié. Elle apprend laborieusement le Français, toute seule, comme elle peut. Dans l’intervalle Kaori perd sa maman, se brouille avec son père. Elle est de plus en plus isolée car personne ne comprend son choix de poursuivre cette lubie.

En tant que femme japonaise, Kaori cumule trois tares : d’abord elle n’a pas d’emploi fixe, de plus elle n’est pas mariée et n’a pas d’enfant : inacceptable.


Kaori poursuivra son objectif pendant plus de 20 ans … Elle passe par plusieurs phases de découragement mais ne renonce jamais. Elle s’accroche, fait du sport, des marathons précisément pour entretenir son moral de gagnante. Ses voyages en France sont de plus en plus espacés car compliqués à financer. Elle peine également à trouver un projet qui lui permette d’envisager de rester en France. D’autant, que son niveau de Français reste insuffisant pour espérer y travailler. Elle commence doucement à se décourager par manque de perspectives. Elle entasse dans sa minuscule chambre, tous les petits souvenirs qui lui permettent de tenir jusqu’au prochain voyage. Ces allers-retours l’épuisent et les départs de la France sont de plus en plus déchirants et démoralisants.


A 44 ans, Kaori prend une décision ; elle va faire son dernier voyage en France, le voyage de la dernière chance. Lors de cet ultime voyage elle cherche, fouille, écume une dernière fois toutes les possibilités ou opportunités qui pourraient se présenter pour réaliser son rêve. Mais sans succès. Kaori revoit tous ses amis rencontrés, histoire de leur dire au revoir.

L’avant veille de son départ, elle rencontre au détour du métro, un homme sympathique avec qui elle échange un peu. Alors qu’elle est affairée à faire ses bagages, Kaori accepte de le revoir la veille de son départ. Ils se promènent, discutent, le courant passe bien, dommage qu’elle ait son avion à prendre le lendemain.


De retour au Japon, Kaori communique régulièrement par téléphone avec Arnaud, l’homme rencontré en France. Contre toute attente, Arnaud propose à Kaori de venir la voir au Japon. Kaori hésite, après tout elle ne le connaît pas bien et n’a surtout pas besoin d’une histoire sans lendemain. Finalement elle accepte et ose même plaquer sa mission intérim en cours (qui ne l’appellera plus jamais après un tel affront) pour pouvoir faire visiter son pays à Arnaud.


Aujourd’hui Kaori et Arnaud sont mariés depuis deux ans et vivent en France. Kaori a bien progressé dans son apprentissage du Français et s’est même mise à l’Anglais pour augmenter ses chances de trouver un travail. Elle s’est réconciliée avec son père, qui a fait le voyage pour le mariage de sa fille, les yeux pleins de larmes d’émotion et de fierté.


J’étais là au mariage, c’était très beau et très fort.

Kaori et Arnaud sont mes amis, ils sont inséparables et passionnés tous deux de gastronomie Française, de gastronomie en général d’ailleurs ainsi que de voyages.

Je voulais rendre hommage ici au parcours exceptionnel de Kaori, à son courage et à sa détermination.

Arnaud a également fait preuve de beaucoup de courage, car les retours de son entourage sur cette idylle soudaine et « exotique » ont été si médisants et nocifs, qu’il a décidé de communiquer l’annonce du mariage uniquement à ses proches et de la taire aux autres.


Pour l’anecdote, Kaori m’a dit « c’est comme manger une banane en Sibérie… », pour me décrire le plaisir incroyable qu’elle éprouve en évoquant son parcours et sa situation actuelle. Un goût de délice insolite et de chance inespérée.


Certains voient dans cette histoire un « conte de fées », moi je vois dans le parcours de Kaori tous les ingrédients de la réussite : projet, enjeux, travail, courage, détermination, choix assumés, confiance en soi, estime de soi … Oui, car si elle ne s’était pas respectée aurait-elle attiré quelqu’un qui la respecte ? Une part de chance aussi, oui mais une chance provoquée et méritée, vous ne pensez pas ?!


Cette histoire me rappelle également l’importance de prendre du recul, toujours et encore. La mise en perspective de ma condition de femme Française avec celle de Kaori, me fait réaliser ma chance et ma liberté.

Et encore je ne relate pas ici un parcours dramatique comme il en existe tant au-delà de nos frontières (Cf. « WOMAN » le film de Yann Arthus-Bertrand).


Il y a encore du pain sur la planche en matière de droits des femmes. Ceci est une lutte internationale car si les droits de nos sœurs dans le monde, n’évoluent pas, comment peut-on envisager une évolution des mentalités et des changements significatifs et durables ?


Tout comme ce virus qui paralyse le monde depuis bientôt un an, le respect des droits des femmes est une lutte mondiale.

Messieurs, cette lutte ne se fait pas contre vous, mais avec vous. Nous avons besoin de vous. Merci.


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